On parle beaucoup de mangas en ce moment sur la blogosphère littéraire. J'aimerais pour ma part évoquer des mangas qui sont parus il y a déjà quelques années, à une
époque où les éditeurs sur ce marché étaient rares et où le nombre de sorties mensuelles se comptait sur les doigts des deux mains. Je commence donc par Fushigi Yûgi qui est, sauf erreur
de ma part, le premier shôjo à avoir été publié en France (c'était en 1998 aux éditions Tonkam). Fushigi Yûgi, qui comporte 18 volumes, est une des références du shôjo manga, et a connu
un énorme succès dans tous les pays où il a été édité, à commencer bien sûr par le Japon (succès qui a entraîné une avalanche de produits dérivés : série TV de 52 épisodes, CD, romans, jeu vidéo
etc.).
Fushigi Yûgi raconte l'histoire d'une collégienne de 15 ans, Miaka. En compagnie de sa meilleure amie Yui elle découvre un jour à la bibliothèque un livre magique intitulé "Les Écrits
des Quatre Dieux du Ciel et de la Terre". Les deux jeunes filles se retrouvent aspirées dans le monde du livre, situé dans la Chine antique. Dans ce monde, Miaka est la prêtresse de Suzaku, le
dieu protecteur du pays du Konan, tandis que Yui devient de son côté la prêtresse de Seiryû, le dieu protecteur du pays Kûto, ennemi du Konan. Débute alors une grande épopée fantastique :
devenues rivales, Yui et Miaka doivent chacune retrouver leurs sept étoiles, des individus dotés de pouvoirs exceptionnels, afin de pouvoir invoquer leur Dieu respectif, capable d'exaucer tous
les souhaits, et donner ainsi l'avantage à leur royaume.
Bon, évidemment, l'histoire est un peu plus compliquée qu'elle n'en a l'air. Il faut dire qu'elle n'est pas avare de rebondissements. Fushigi Yûgi, c'est un mélange parfait de
romantisme, d'action, d'humour et d'émotion. Un mélange parfois étonnant quand les passages tragiques (Yuu Watase n'hésite pas à tuer ses personnages, sortez les mouchoirs) sont presque
immédiatement suivis de scènes comiques. L'humour est omniprésent dans le manga, notamment à travers l'utilisation intensive de SD (personnages déformés). Fushigi Yûgi réunit en outre
tous les ingrédients du shôjo : une grande histoire d'amour semée d'embûches entre Miaka et une de ses étoiles, Tamahome, des bishônen (beaux garçons) à foison, et des intrigues qui
jouent à fond sur l'ambiguïté sexuelle de certains personnages.
Fushigi Yûgi, c'est donc une bonne histoire, d'autant plus intéressante qu'elle s'appuie sur des éléments de la mythologie chinoise avec les quatre Dieux (Suzaku, Seiryû, Byakko et
Gembu). Mais c'est surtout une galerie de personnages surprenants qui s'éloignent des clichés du genre. Le meilleur exemple en est le couple de héros : Miaka est une vraie goinfre qui passe son
temps à fantasmer sur la nourriture et à se remplir l'estomac ; quant à Tamahome, il est obsédé par l'argent et ne pense qu'à remplir son porte-monnaie, ce qui donne lieu à des scènes hilarantes.
De plus, Yuu Watase évite l'écueil du manichéisme. Bref, les personnages de Fushigi Yûgi constituent sa grande force, j'ai rarement lu un manga dans lequel l'intégralité des
protagonistes étaient aussi charismatiques et attachants.
Le reproche que l'on pourrait faire au manga (il en faut bien un), c'est qu'il est parfois un peu niais (surtout les scènes d'amour entre Miaka et Tamahome à vrai dire), mais il ne faut pas
oublier que Fushigi Yûgi est destiné à la base aux adolescentes. En outre, certains passages dramatiques aux thématiques plus adultes viennent contrebalancer les scènes gentillettes de
l'histoire. Quoi qu'il en soit, j'ai relu toute la série le mois dernier et je garantis qu'on peut l'apprécier même en ayant largement dépassé l'âge du lycée ;-)
Fushigi Yûgi se divise en
deux parties. Les 13 premiers volumes forment une histoire complète et peuvent parfaitement se suffire à eux-mêmes. Cependant, devant le succès rencontré par le manga, l'éditeur de Yuu Watase a
fait pression sur elle pour qu'elle réalise une suite. Ce sont les volumes 14 à 18. Le scénario, forcément un peu bancal, a tendance à tourner en rond, et les passages sirupeux entre Miaka et
Tamahome se multiplient. Ces volumes restent agréables à lire, d'autant qu'ils permettent d'en apprendre plus sur nos personnages adorés, mais ils ne sont pas indispensables (enfin, c'est à
chacun de voir).
A noter qu'il existe une autre série actuellement en cours de publication, intitulée Fushigi Yûgi - La légende de
Gembu, qui comme son nom l'indique relate les aventures de la prêtresse de Gembu dans le monde du livre. Chronologiquement, ces aventures précèdent l'intrigue de Fushigi Yûgi et en
constituent en quelque sorte le prologue. Personnellement, je trouve que Yuu Watase a beaucoup de mal à se renouveler d'un manga à l'autre, cela se voit notamment au niveau du physique de ses
personnages qui se ressemblent tous. Fushigi Yûgi était sa première oeuvre, et pour moi elle n'a jamais réussi à refaire aussi bien. Niveau scénario, ses mangas suivants m'ont déçue,
même si je continue à apprécier son dessin très soigné.
Si vous voulez en savoir plus sur Fushigi Yûgi, je vous renvoie à ce site français très complet, Miaka no seishin.
Ce billet est dédicacé à Stéphanie, qui saura pourquoi ;-)






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