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Le Cercle du Phénix

En vrac, des livres...












 







 



Le Cercle du Phénix
Les aventures de Cassandra Jamiston
Editions Flammarion
5 mai 2008
 



Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /2008 20:54

Pour moi, l'événement de cette rentrée littéraire était la sortie du nouveau roman de la britannique Kate Atkinson, A quand les bonnes nouvelles ? Je ne dirai jamais assez à quel point j'aime Kate Atkinson. J'ai éprouvé pour elle un véritable coup de foudre littéraire dès la lecture de son premier roman, le cultissime Dans les coulisses du musée. J'adore son humour, j'admire sa virtuosité, je trouve incroyable sa capacité à mêler burlesque et tragédie, à jongler avec des dizaines de personnages et d'intrigues en même temps sans jamais se perdre en route. Et surtout, c'est un auteur qui me touche. Sans jamais tomber dans le pathos ou le niaiseux, elle écrit des choses bouleversantes et toujours très justes, sur la famille notamment, un de ses thèmes de prédilection.

A quand les bonnes nouvelles est le troisième volet des aventures de Jackson Brodie, détective privé au grand coeur, après La souris bleue et Les choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux. Donc avant de consacrer un billet à ce nouvel opus (qui bien entendu est fabuleux, mais on n'en attendait pas moins de Kate), voici un petit rappel des précédents volumes :


Quatrième de couverture : "Un détective privé enquête à Cambridge sur des affaires criminelles qui n’ont jamais été éclaircies. Il doit remonter à des évènements souvent très lointains pour suivre les traces de la mystérieuse “Souris Bleue”. Les intrigues se déroulent dans des milieux sociaux très divers, allant de la classe ouvrière à la gentry. Les drames les plus poignants alternent avec les épisodes les plus désopilants, dans lesquels on retrouve le regard caustique de Kate Atkinson sur notre monde moderne…"

Il est difficile de résumer les romans de Kate Atkinson car ils mettent en scène de nombreux personnages et intègrent souvent une foule de flash-backs. La souris bleue ne fait pas exception à la règle. Comme toujours avec cet auteur, l'intrigue est loin d'être linéaire. Plusieurs histoires s'entremêlent, et les allers retours entre le passé et le présent sont légion. Tous ces récits s'articulent cependant autour d'un thème commun : les relations parents-enfants (et plus particulièrement les relations père-fille), avec ce qu'elles peuvent avoir de touchant, mais aussi d'excessif et de malsain. La structure du récit est complexe, et pourtant Kate Atkinson ne perd jamais son lecteur, montrant là l'étendue de son talent et la fluidité de son style.  

Ce que j'admire le plus chez cet auteur, c'est la virtuosité avec laquelle elle fait passer le lecteur du rire aux larmes. Le roman aborde des thèmes très durs (les meurtres d'enfants et l'inceste par exemple), et pourtant l'humour est omniprésent. Les passages déchirants alternent en permanence avec des situations burlesques où l'ironie et la causticité de Kate Atkinson font des étincelles.

En outre, ses personnages sont profondément humains, ce qui les rend très attachants. Ils ont leurs failles, leurs secrets, leurs défauts. Kate Atkinson fait preuve d'une très grande finesse psychologique dans la description des protagonistes, et l'on sort véritablement bouleversé de certains chapitres.

Ce roman inclassable (à la fois polar, étude de moeurs et récit humoristique) est donc à découvrir d'urgence si ce n'est pas encore fait ! 



A Edimbourg, pendant le festival de théâtre, se produit un accrochage entre deux automobilistes : une Honda emboutit une Peugeot. Bien que les dégâts soient minimes, le chauffeur de la Honda se met à frapper sauvagement celui de la Peugeot avec une batte de base-ball. Un témoin s’interpose et parvient à faire fuir l’agresseur. L’incident semble clos, mais c’est en réalité le point de départ d’aventures hautes en couleurs dans lesquelles se retrouvent impliqués plusieurs témoins de l’incident, à commencer par Jackson Brodie, l’ex-détective privé devenu millionnaire, héros de La souris bleue.

Ce pavé (540 pages en version poche) tient toutes ses promesses, et on ne peut que s'incliner une fois de plus humblement devant le génie de cet auteur qui parvient à mêler avec brio enquête policière à suspense et satire de la vie contemporaine britannique.

Tout est réussi dans Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux. La galerie des personnages tout d’abord est incroyable : outre le très attachant Jackson, qui a toujours le chic pour se fourrer dans le pétrin, et sa compagne Julia, comédienne ratée également rencontrée dans La souris bleue, on trouve dans les rôles principaux Martin, un timide auteur de romans policiers, Gloria (mon personnage préféré), l’épouse d’un promoteur immobilier véreux dont on ne sait pas trop si elle est une sainte ou une psychopathe, Louise, une policière efficace dans son travail mais qui a du mal à gérer son adolescent de fils, ou encore Tatiana, une mystérieuse call-girl russe. Mais comment Kate Atkinson parvient-elle à créer des personnages aussi vivants ? Ils sont tous si réels, avec leurs rêves, leurs défauts, leurs angoisses, qu’on ne peut s’empêcher d’éprouver une grande tendresse pour eux, et c’est à regret qu’on les quitte à la fin du livre (au point que j’ai lu les dernières pages très, très lentement pour faire durer le plaisir).

Et l’intrigue ! Du grand art, comme toujours, car elle est complexe, foisonnante et cependant jamais obscure. La construction est brillante : les chapitres suivent alternativement les différents protagonistes, et peu à peu des liens se tissent entre chaque histoire, les pièces du puzzle s’emboîtent progressivement comme des poupées russes, jusqu’à ce que tous les rouages de l’intrigue apparaissent en pleine lumière. Toutes les questions sont résolues à la fin, donc pas de frustration pour le lecteur. Admirons le travail d’orfèvre de Kate Atkinson, qui réussit même l’exploit de glisser un coup de théâtre à la dernière ligne du roman !

Et l’humour ! L’humour caustique, c’est presque la marque de fabrique de Kate Atkinson qui excelle à épingler férocement tous les travers de la société. En vrac, le snobisme culturel et le théâtre d’avant-garde (la pièce dans laquelle joue Julia s’intitule « A la recherche de l'équateur au Groënland», mais ne parle ni de l’équateur, ni du Groënland ni de la moindre recherche), la dure condition de l’écrivain, le cynisme des promoteurs immobiliers, le culte des affaires et de l’argent, l'exploitation sexuelle des femmes d'Europe de l'Est et j’en passe. Ça décape ! Mais le roman contient aussi son lot de moments émouvants, en particulier lorsque Kate Atkinson aborde la problématique du couple (Jackson/Julia) ou les relations familiales à travers les personnages de Louise et de Gloria notamment (ses romans sont peuplés de Desperate housewives).

Voilà, maintenant que vous êtes convaincus que Kate Atkinson est l'un des plus grands écrivains contemporains, il ne vous reste plus qu'à la lire !!! 

Par Caroline - Publié dans : Cultissime
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